Fascias et émotions : le corps qui garde la mémoire
- Iatimad Ammari
- 27 août
- 4 min de lecture

Quand les émotions s’impriment dans le corps
Vous est-il déjà arrivé de ressentir une boule dans la gorge en retenant des larmes, ou un nœud au ventre avant un événement important ? Ces réactions ne sont pas seulement « dans la tête » : elles traduisent la manière dont nos émotions se gravent dans le corps.
Chaque joie, chaque peur, chaque chagrin laisse une empreinte physique subtile. Et souvent, ces empreintes se stockent dans un tissu méconnu mais essentiel : les fascias.
De plus en plus de recherches en sciences du mouvement et en thérapie corporelle montrent que nos émotions ne disparaissent pas simplement quand nous les ignorons. Elles peuvent rester « suspendues » dans nos tissus, créant des tensions invisibles qui, avec le temps, deviennent gênes, raideurs, voire douleurs chroniques.
C’est là que le Qigong, pratique douce issue de la tradition chinoise, joue un rôle précieux : il aide à redonner mobilité, fluidité et respiration à ce tissu de mémoire.
Les fascias : le journal intime du corps
Imaginez une toile d’araignée immense, souple et vivante, qui enveloppe et relie chacune de vos cellules. C’est à peu près ce que sont les fascias : un réseau de tissu conjonctif qui entoure muscles, organes, nerfs, vaisseaux sanguins et qui maintient l’harmonie structurelle du corps.
Longtemps considérés comme un simple « emballage » anatomique, les fascias sont aujourd’hui vus comme un organe à part entière. Ils jouent trois rôles majeurs :
Relier : ils unifient le corps en un seul système, permettant aux forces et aux informations de circuler.
Soutenir : ils donnent forme et cohérence, comme une architecture interne vivante.
Ressentir : riches en récepteurs sensoriels, ils participent à notre proprioception (la conscience de la position du corps).
Mais les fascias ont aussi une particularité étonnante : ils sont plastiques. Cela signifie qu’ils s’adaptent à nos postures, à nos habitudes… et à nos émotions. Lorsqu’une peur, une colère ou une tristesse n’est pas pleinement vécue et libérée, le corps peut réagir en créant une tension fasciale persistante. Petit à petit, cette tension s’imprime comme une mémoire corporelle.
Ainsi, nos fascias deviennent un peu comme le journal intime de nos émotions passées – sauf qu’au lieu d’être écrit avec des mots, il est écrit avec des tensions, des raideurs et des blocages.
Quand les émotions deviennent douleurs
Chaque émotion provoque une réaction corporelle. La peur accélère le cœur et contracte le diaphragme, la colère tend la poitrine et les épaules, la tristesse ferme la cage thoracique et affaisse la posture. Quand ces émotions circulent librement, le corps retrouve son équilibre. Mais quand elles sont retenues, répétées ou refoulées, elles laissent une empreinte durable dans les fascias.
Petit à petit, ce tissu perd de son élasticité et devient comme « figé ». Cela se manifeste par :
une sensation de raideur diffuse,
des nœuds musculaires récurrents,
ou encore des douleurs chroniques qui semblent résister aux soins habituels.
C’est pourquoi certaines personnes vivent des douleurs dorsales, des tensions cervicales ou des migraines sans cause médicale claire : leur corps garde en mémoire des émotions inachevées.
En d’autres termes, les fascias fonctionnent un peu comme une mémoire corporelle silencieuse. Tant que cette mémoire n’est pas libérée, le corps reste en état de protection, prêt à revivre encore et encore la même tension.
Qigong : une voie pour libérer les tensions
C’est ici que le Qigong, art millénaire du mouvement et de la respiration, se révèle précieux. Contrairement aux exercices physiques rapides ou intenses, il agit en profondeur sur les tissus et apaise le système nerveux.
Le mouvement lent et fluideLes gestes circulaires, ondulatoires et sans effort favorisent l’hydratation des fascias. Comme une éponge qui se réhumidifie, ils retrouvent leur souplesse et leur capacité à glisser les uns sur les autres.
La respiration abdominaleLe souffle agit comme une vague interne. À chaque inspiration, le diaphragme descend et masse les fascias profonds ; à l’expiration, il libère les tensions. Cette respiration douce aide aussi à calmer le système nerveux, condition essentielle pour relâcher les émotions bloquées.
L’attention et l’intentionEn Qigong, on ne fait pas que bouger : on ressent, on observe, on dirige son attention. Cette conscience permet de « rencontrer » les tensions stockées dans le corps et de les laisser se dissoudre naturellement.
Les vibrations et tremblements (shaking)Certaines pratiques de Qigong utilisent des micro-vibrations ou des secousses douces. Ces mouvements déclenchent une libération spontanée des fascias, comme si le corps se déchargeait d’un surplus accumulé depuis des années.
Peu à peu, les tensions s’apaisent, le corps s’ouvre et les émotions circulent de nouveau.
Retrouver la fluidité intérieure
Nos fascias sont bien plus qu’un tissu biologique : ce sont les témoins silencieux de notre histoire émotionnelle. Ils enregistrent les chocs, les peurs et les colères, mais ils savent aussi se libérer et retrouver leur fluidité quand on leur offre l’espace et le mouvement.
Le Qigong est une voie douce pour renouer avec ce dialogue intérieur. Il ne cherche pas à effacer le passé, mais à réconcilier le corps avec lui-même. Chaque geste devient une invitation à déposer ce qui est trop lourd, à respirer plus librement et à retrouver une présence apaisée.
« Quand le corps se relâche, la mémoire se transforme. Et quand les fascias s’ouvrent, l’énergie circule de nouveau. »





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