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Posture, douleurs et mouvement somatique : pourquoi votre corps ne se résume pas à une « mauvaise posture »

12 août
6 min de lecture


Vous avez mal au cou, au haut du dos, aux épaules ou aux lombaires et vous avez probablement déjà entendu : « Tiens-toi droit ! »

Pourtant, la posture n'est pas simplement une question de se tenir suffisamment droit.

Notre corps s'adapte en permanence à ce que nous faisons, à notre environnement, à nos habitudes… mais aussi à notre état nerveux. Une posture maintenue pendant des heures, une respiration limitée, une tension musculaire chronique ou un état de stress peuvent progressivement modifier notre manière de bouger.

C'est là que l'approche somatique devient particulièrement intéressante : plutôt que de chercher à imposer une « bonne posture », elle cherche à restaurer la capacité du corps à percevoir, ajuster et varier son mouvement.

La posture n'est pas un problème à corriger à tout prix

Il n'existe pas une posture parfaite que nous devrions maintenir toute la journée.

Ce qui pose souvent problème, c'est davantage l'absence de variation.

Rester plusieurs heures devant un ordinateur, regarder son téléphone, conduire, porter toujours son sac du même côté ou dormir dans une position inconfortable ne signifie pas forcément que l'on est en train d'endommager son corps.

En revanche, lorsque le corps reste longtemps dans la même organisation, certaines zones peuvent travailler davantage que d'autres. Le système nerveux peut alors progressivement considérer cette organisation comme « normale ».

On peut se retrouver avec :

  • des épaules constamment élevées ou enroulées ;

  • une tête qui avance par rapport au thorax ;

  • une respiration plus superficielle ;

  • une sensation de raideur dans le haut du dos ;

  • une tension persistante dans la nuque ;

  • une mobilité réduite de certaines articulations ;

  • une difficulté à relâcher certaines zones, même au repos.

Le problème n'est donc pas forcément la posture elle-même, mais le manque de capacité à en sortir.

Votre quotidien entraîne votre corps

La pratique somatique ne s'arrête pas lorsque vous quittez votre tapis.

Votre système nerveux apprend à partir de toutes vos expériences quotidiennes. C'est pourquoi de petits ajustements dans vos activités peuvent avoir beaucoup plus d'intérêt que d'essayer de maintenir une posture « parfaite » pendant plusieurs heures.

Devant un ordinateur

Lorsque nous travaillons longtemps devant un écran, nous avons tendance à nous rapprocher progressivement de celui-ci. La tête avance, les épaules se figent et la respiration peut devenir moins ample.

Plutôt que de vous rappeler toutes les cinq minutes de « vous tenir droit », essayez de créer davantage de variation :

écran suffisamment haut, distance confortable, changements réguliers de position et petits moments de relâchement.

Et surtout : ne cherchez pas à redresser votre dos en permanence en contractant les muscles.

Une posture rigide n'est pas nécessairement une bonne posture.

Avec le téléphone

Le téléphone encourage souvent une position prolongée de la tête vers l'avant et vers le bas.

Vous pouvez simplement varier davantage :

remonter régulièrement l'écran, changer de position, alterner les mains et faire des pauses visuelles et corporelles.

L'objectif n'est pas de supprimer toute flexion du cou. C'est de permettre au cou de retrouver toute sa mobilité au lieu de rester dans une seule position pendant longtemps.

En voiture

La conduite demande de rester relativement stable, mais cela ne signifie pas que tout le corps doit être contracté.

Observez parfois :

Est-ce que mes épaules sont réellement nécessaires dans cette position ? Est-ce que je serre la mâchoire ? Est-ce que je retiens ma respiration ? Est-ce que mes mains exercent plus de force que nécessaire sur le volant ?

Ces prises de conscience peuvent suffire à diminuer certaines tensions inutiles.

Lorsque vous portez un sac

Porter systématiquement une charge du même côté peut créer une habitude asymétrique.

Là encore, il ne s'agit pas de rechercher une symétrie parfaite, mais de donner au corps davantage de possibilités.

Changer régulièrement de côté, modifier la manière de porter la charge et laisser le corps s'adapter sont souvent plus intéressants que de chercher à rester parfaitement symétrique.

Et la position de sommeil ?

Nous passons plusieurs heures chaque nuit dans une position relativement fixe. Il est donc logique que la position de sommeil puisse influencer notre confort.

Mais là encore, il n'existe pas une position universellement parfaite.

Sur le dos, certaines personnes se sentent mieux avec un soutien léger sous la tête et éventuellement sous les genoux. Sur le côté, l'oreiller doit surtout permettre au cou de rester dans une position confortable, sans être fortement incliné.

Le meilleur indicateur reste souvent très simple :

Comment votre corps se sent-il au réveil ?

Une position confortable pour une personne peut être inconfortable pour une autre.

Le stress change aussi notre posture

C'est un aspect essentiel et pourtant souvent oublié.

Lorsque nous sommes stressés, anxieux, pressés ou en état d'alerte, le corps ne réagit pas uniquement « dans la tête ».

Le système nerveux autonome modifie notamment la respiration, le tonus musculaire, la vigilance et la préparation au mouvement.

Nous pouvons alors observer :

  • une respiration plus haute et plus rapide ;

  • des épaules qui montent ;

  • une mâchoire qui se contracte ;

  • des abdominaux constamment engagés ;

  • une diminution spontanée des mouvements du thorax ;

  • une tendance à nous replier ou à nous rigidifier.

Le corps adopte une organisation adaptée à un contexte de menace ou de surcharge.

Le problème apparaît lorsque cette organisation reste présente alors que le danger n'est plus là.

Le corps peut apprendre à rester en tension

C'est ici que la notion de mouvement somatique prend tout son sens.

Une personne peut savoir intellectuellement qu'elle doit détendre ses épaules… et pourtant être incapable de les relâcher durablement.

Pourquoi ?

Parce qu'il ne s'agit pas nécessairement d'un manque de volonté.

Le système nerveux peut avoir appris à maintenir un certain niveau de tension comme stratégie de protection ou d'adaptation.

Dans ce contexte, essayer de « corriger » la posture par la force peut parfois produire l'effet inverse : on ajoute encore davantage de contrôle et de contraction.

L'approche somatique propose une autre voie.

Sentir avant de corriger.

Observer les sensations. Ralentir le mouvement. Explorer différentes possibilités. Percevoir les différences entre tension et relâchement. Redonner progressivement au cerveau des informations qu'il avait cessé de percevoir.

La réaction de retrait : quand le corps se protège

Face à la fatigue, au stress ou à une sensation de menace, nous pouvons instinctivement nous contracter et nous « refermer ».

Le thorax peut devenir moins mobile. Les épaules peuvent monter ou avancer. La tête peut se rapprocher du corps. Les muscles abdominaux peuvent rester engagés.

Ce n'est pas nécessairement une mauvaise posture.

C'est une stratégie corporelle.

Et une stratégie qui a pu être utile dans un contexte donné peut devenir gênante lorsqu'elle se maintient en permanence.

L'objectif n'est donc pas de lutter contre cette réaction, mais d'aider progressivement le système nerveux à découvrir qu'il existe d'autres possibilités.

Et si votre posture avait surtout besoin de plus de liberté ?

Au lieu de vous demander :

« Est-ce que je suis bien droit ? »

Essayez parfois de vous demander :

« Est-ce que je peux bouger autrement ? »

Puis :

  • Puis-je laisser mes épaules descendre sans les pousser vers le bas ?

  • Puis-je tourner doucement la tête sans forcer ?

  • Puis-je respirer plus librement ?

  • Puis-je sentir mon appui au sol ?

  • Puis-je changer de position sans inconfort ?

  • Puis-je relâcher une contraction dont je n'ai plus besoin ?

C'est une différence fondamentale.

La santé du mouvement ne consiste pas à trouver une posture parfaite.

Elle consiste à retrouver un répertoire de mouvements suffisamment riche pour ne pas rester prisonnier d'une seule organisation corporelle.

Le mouvement somatique : réapprendre plutôt que corriger

Le mouvement somatique ne cherche pas à fabriquer un corps parfaitement aligné.

Il cherche à améliorer la conscience corporelle, la perception et la capacité d'autorégulation.

En explorant des mouvements lents, précis et confortables, on peut apprendre à reconnaître les tensions inutiles, à différencier effort et contraction excessive et à retrouver progressivement davantage de choix dans son mouvement.

C'est particulièrement pertinent lorsque les tensions sont installées depuis longtemps et que les simples conseils de posture ne suffisent plus.

Votre corps n'a pas besoin d'être constamment « redressé ».

Il a surtout besoin de pouvoir bouger, s'adapter, récupérer et varier.

Et parfois, le premier changement important n'est pas de modifier sa posture.

C'est simplement de recommencer à sentir son corps.


 
 
 

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